TRAVAUX
1991-94
format
21,5x16 cm - reliure spirale
Pour définir
ma pratique, je dirais que jutilise dabord limage
photographique, mais pas pour son côté « témoin
dune réalité » mais plutôt, je joue
de sa faculté de rendre virtuellement possible des associations
impossibles.
La mise en scène de ces images participe à rendre plus
trouble encore leur origine
(cest quoi? cest fait comment?).
La matière suggérée dans limage est présente
dans la présentation de celle-ci, soit quelle recouvre
limage, soit quelle lencadre... Dune certaine
façon elle appelle le toucher.
Cest souvent ma propre image qui sert ces opérations de
mutation et de fiction. Je suis à la fois modèle et support
de graphismes car ma peau est sensible à la griffure, elle réagit
en laissant pendant vingt minutes une marque en relief pareille à
une scarification.
Pour moi une image est juste, utilisable, quand elle porte autant lhumour
que le drame et que moi-même joscille devant le sens à
donner.
Cest un premier paradoxe que de parler dimage juste et dénoncer
ensuite limpossibilité dune mise au point.
Bien quà première vue le langage paraisse simple,
lisible (un bras, des pierres, des poissons...), tout cela produit du
flou, ce flou est là même dans les images.
Ce flou, cette fantasmagorie, je ne les place pas dans des pays absolument
délirants, mais dans les objets de mon quotidien, doù
souvent une référence à la nature morte.
De la même manière jutilise mon corps qui est le
corps le plus proche de moi.
Le quotidien camoufle le fantastique, ou le fantastique se révèle
dans le quotidien.
Cest une opération de camouflage que je montre là.
Le camouflage, comme la métamorphose est un état intermédiaire.
Mutation dun être qui se fond dans un milieu, ou dun
être présent vers un être futur. Si la métamorphose
est chose courante dans les contes et les mythes, elle existe aussi
dans la nature, par exemple :
- entre la vie et la mort (vieillissement, désséchement,
momification, congélation...);
- entre lorganique et le minéral (fossilisation, cristallisation);
- entre léveil et le sommeil.
À cela je peux joindre des éléments de passage
de notre corps :
- la bouche (le souffle, la nourriture, la parole);
- la peau (lhomme est le seul animal nu du règne terrestre);
- le sexe;
- les organes des sens, vue, ouïe, odorat...
On peut parler aussi de mutation de lêtre dans létat
divresse, létat amoureux, létat de folie,
létat de souffrance, létat méditatif,
létat de rêverie...
À cela quel désir nous pousse?
Emmanuelle Maura, mai 1993.