! 200120022003
format 22x16 cm - cousu
PAYSAGE
Le pourquoi de ce choix : le paysage, je ne peux me lexpliquer,
je vis dans une ville depuis toujours, pas la même.
Il y a quelques années, jai trouvé aux puces une
série de cartes postales qui avaient en commun de présenter
des paysages totalement secs et arides, un horizon, quelques reliefs
rocheux, une route parfois.
Je me suis mise à vouloir collectionner ces images, en vain.
Il sagissait bien dun choix que javais trouvé
là.
Plus tard essayant de lire « Linvention du paysage »
dAnne Cauquelin, je tombais dans une léthargie rêveuse
dès les premières pages alors quelle décrit
la maison et le rêve de nature de sa mère.
Paysages rêvés, tout entiers à nos projections,
à notre contemplation.
« Je suis passif, je suis dans la passion » samuse
Deleuze.
Ainsi, ce paysage, cet autre qui nous ceint sans nous répondre,
laisse en grand absent, à nos fantasmagories un grand développement.
Tout près du pré.
À ce sol si vivant, si riche en textures, en bestioles, en odeurs,
répond semblable matière mais cette fois à lhorizon.
Étrangeté de la distance toujours renouvelée
OUTIL
Photographie toujours dans cette distance, outil télescopique,
de découpage, outil du détail, outil de la mélancolie.
Je le bricole pour en faire en faire un outil de télescopage
entre le près et le lointain, lautre et son autre,
et retourner le sol enfin.
LENTEUR
Prendre une photo en 1991, et ne lutiliser quen 2001.
Un paysage, cest quelque chose en mouvement mais un mouvement
très lent, un mouvement butho.
Jai entendu à la radio que les pierres avaient un génome,
cest bien cela, où commence la vie ?
MINÉRAL
Je partais marcher dans le massif central, pratiquer le paysage, aucune
des photos que jai faites a été utilisée.
Jai ramené cette sensation du mouvement du sol, le sol
comme un grand marbre, dont la dureté nest faite que de
sa lenteur à se mouvoir.
En pensant paysage, ce sont des images de statuaires qui sont remontées,
comme les cailloux dans les champs.
SCULPTURE
Depuis sept ans dans mes carnets sommeillait ce projet de formes dorsales
émergent du mur.
Dos moulés en plâtre à léchine de paraffine,
je les poli longtemps, je les use, comme la langue la dragée.
Ce sont des fossiles où la chair devient los et los
devient tendre ; cest bien cela, où commence la vie ?
PLIS
Un fleuve passe par une ville puis par une autre.
À la première ville je me souviens que son eau est verte
; à la deuxième, il a rongé ses rives, sest
élargi, sest chargé de boue.
Contrariété entre un fleuve qui suit son cours et le reflux
de la marée : plis, tourbillons, trous
Remous, « on dirait que » je les agis, non « on dirait
que » je les mets à lindex, non « on dirait
que » je les touche.
Dans nos mondes-monades, chacun, ensemble, agit pour soi et il semblerait
parfois que nous sommes en harmonie.
E.M.